Dossier

France : Télé réalité et handicap, plus dur que le KILIMANDJARO !

En exclusivité un interview d'Olivier James, candidat à l'émission de téléréalité Kilimandjaro sur TF1.

TF1 a frappé haut et audacieusement, mais semble-t-il pas assez fort avec son émission de téléréalité mettant en scènes dix handicapés à l'assaut des 5895 mètres du point culminant de l'Afrique ... face auxquels les 3,7 « petits » millions de spectateurs ont pu laisser M. Nonce Paoli et état d'anoxie.
Au bas de ce dossier vous trouverez tous les liens et les commentaires les plus pertinents à son sujet, mais nous vous proposons ici l'interview exclusive d'Olivier James, candidat à Kilimandjaro qui a franchi les étapes de sélection et a participé au casting sans faire partie de la liste des dix personnes retenues pour escalader le volcan tanzanien.

Avant de te poser d'autres questions, peux-tu nous dire si tu as toute la liberté que tu souhaites pour t'exprimer sur cette émission ?
Jusqu'à sa diffusion j'étais tenu au secret et avais signé des engagements de confidentialité, mais depuis le 29 février 22 heures, je suis entièrement libéré de cette contrainte !

Comment as-tu été associé à ce projet ?
La société de production 2P2L a envoyé un courriel aux sportifs handicapés de la Fédération Française de Handisport à laquelle j'appartiens en tant que formateur. Il y était question d'un raid en Afrique pour des sportifs handicapés suivis par une équipe de télévision. La destination exacte n'était pas précisée et le thème devait rester le plus confidentiel possible.
Comme j'étais intéressé, j'ai envoyé un courriel à 2P2L.


As-tu été retenu tout de suite ?
Oui, on m'a appelé par téléphone et donné un peu plus de précisions : il s'agissait de réaliser un « reportage » et on m'a demandé si je connaissais d'autres personnes susceptibles d'y participer. J'en ai parlé à mon ami Philippe, champion du monde de ski nautique Handisport et quand 2P2L m'a rappelé je leur ai donné ses coordonnées. Ils nous ont envoyé nos billets d'avions Nice-Paris-Nice et nous avons fait le voyage !

Comment s'est déroulée cette journée de casting ?
A notre arrivée à Roissy, nous avons été accueillis par une voiture de maître et transportés dans un studio en banlieue. Autour d'une collation, on nous a remis divers documents. Nous avons d'abord dû signer un document abandonnant à la production, en cas de sélection, notre droit à l'image ainsi qu'un engagement de confidentialité déjà mentionné. Après cette étape obligatoire, nous avons rempli un dossier concernant notre handicap, nos capacités et nos limites.
Nous avons ensuite attendu entre candidats pour passer un entretien filmé avec trois personnes.


Quels ont été les sujets abordés ?
Il a d'abord fallu se présenter : vie professionnelle, familiale, loisirs, place du handicap ... et dire en quoi ce défi, encore très imprécis, pouvait me concerner et m'intéresser. Ils m'ont aussi demandé quelle serait mon attitude si j'étais suivi en permanence par des caméras et des micros, si j'étais pudique ou expansif pendant les épreuves physiques de type marche, trekking, escalade. On s'est aussi intéressé à ma sociabilité, mon esprit de groupe, ma capacité à soutenir les autres puisqu'il s'agissait d'une aventure de groupe : « on part à dix et on arrive à dix » ... Petit à petit, j'ai donc commencé à me faire une idée plus précise et c'est moi qui me suis mis à poser des questions et à soulever des problèmes : comment pouvait-on, sans préparation, arriver à dix avec des handicaps différents ? Où se déroulerait l'aventure ? Si c'était sur un sommet comme le Kilimandjaro, à près de 6000 mètres d'altitude, le commun des mortels peut se trouver en état d'hypoxie, alors avec des handis non préparés cela me paraissait trop difficile, et, puisqu'on nous avait annoncé une durée de trois semaines, je leur ai dit qu'avec de tels délais, des non-sportifs n'y arriveraient pas.
Sans montrer que j'avais deviné le lieu de l'aventure, ils m'ont répondu que deux médecins et deux guides suivraient le groupe en plus du staff TV et que « d'autres handis l'avaient déjà fait »
.

Vous avez parlé « argent » ?
Quand je leur ai demandé comment seraient dédommagés ceux qui devraient abandonner leur activité professionnelle pour participer ils m'ont répondu tout aussi vaguement « on s'arrangera ».

Comment ont-ils donné les résultats des entretiens ?
Avant de nous quitter ils nous ont dit que tout le monde serait personnellement averti, positivement ou négativement, sous dix jours ... et nous n'avons reçu, Philippe et moi, aucune réponse. Nous avons cherché à les joindre par courriel, par téléphone : ils ont refusé de nous répondre. Si j'avais été sélectionné, j'aurais dû demander des autorisations d'absence à mes employeurs, 2P2L n'a pas eu la politesse de nous informer et je trouve cela honteux. Je n'ai appris la suite donnée à tout cela qu'en consultant par hasard un programme de télévision ...; et je n'ai reconnu aucun des candidats qui avaient été reçus avec nous (je crois qu'ils ont « auditionné » une quarantaine de personnes).

Tu as participé aux sélections et tu as vu l'émission, quels commentaires cette expérience t'inspire-t-elle ?
Sans aucune amertume, je suis content de ne pas avoir participé à cette expérience pour trois principales raisons.
La première est qu'il n'y avait parmi les participants aucun esprit collectif. Après quelques moments de solidarité factice, l'individualisme n'a cessé de croître, ce qui était assez prévisible avec des handicaps aussi peu compatibles entre eux. Pour Salima, aveugle, quel intérêt présentait cette épreuve si elle ne pouvait profiter de paysages grandioses que personne ne prenait la peine de lui décrire ? Pour Yolaine, qui avançait péniblement avec ses cannes anglaises, quelle cruauté d'entendre le groupe s'extasier à la vue d'animaux sauvages : il fallait pour les observer, grimper sur une colline et personne ne lui propose de l'aider à grimper !! Rien que pour des questions humaines, il était évident qu'il y aurait des abandons !
Ma deuxième raison est que cette émission n'a pas été sérieusement préparée. On a d'abord sélectionné des sportifs et retenu une majorité de sédentaires : dans le groupe il n'y avait que deux personnes pratiquant régulièrement une activité physique soutenue. Le choix a été biaisé vers la téléréalité alors que les problèmes du handicap n'ont pas besoin d'être mêlés à un exploit sportif. Ce défi a été utilisé comme un prétexte : on aurait pu utiliser la réalité de la vie quotidienne, certes moins racoleuse qu'un raid en Afrique, des handicapés : vivre, se déplacer, travailler, sont de vraies aventures quotidiennes pour les handis. Ici on a donné une image paradoxale du handicap, dans un univers où tout était difficile pour tout le monde !


Rien de bon alors ?
Au contraire !!! Les candidats ont été extraordinaires et ont montré que les handicapés peuvent et savent comme personne se dépasser et repousser les limites !

Tu n'avais pas annoncé trois raisons de te satisfaire d'être resté loin du Kilimandjaro ?
Effectivement, mais la troisième est plus personnelle, j'ai pu rester près de Stéphanie, ma compagne enceinte et depuis le 1er décembre, j'ai mon Kilimandjaro à moi : il s'appelle Enola !

Merci Olivier, et tous nos vœux à tous les trois pour cette formidable aventure !!

Olivier James a 37 ans. Il est handicapé moteur de naissance, infirme moteur cérébral avec troubles de la coordination et de l'équilibre.
Educateur sportif diplômé d'Etat Handisport et Préparation Physique, il est enseignant Jeunesse et Sports et à l'U.F.R. STAPS de l'Université de Nice. Jury d'examens pour brevets d'Etat il est l'auteur de l'ouvrage Handicaps physiques et pédagogie des A.P.S. (disponible sur ce lien en document PDF).

Musicien, il pratique le vélo couché, l'escalade, le canyoning, la musculation, le ski ...

LIENS UTILES

Parmi les commentaires les plus complets et les analyses les plus intéressantes, nous avons retenu le texte de Pierre Bardina sur le site ANDY.fr.
Le blogueur Handi Cape apporte son regard vif et pertinent sur son blog et dans Le Nouvel Observateur qui pose le 3 avril 2008 cette question intéressante : « Où étaient, pendant la manifestation Ni pauvres ni soumis du 29 mars nos dix super handicapmen et handicapwomen ? ».

Si vous avez regardé l'émission, vous avez sans doutes des commentaires à apporter sur le sujet !

Gérard COUDOUGNAN

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